Etrange conseil que nous donne saint François de Sales ! Y
a-t-il plusieurs façons de marcher ? Ne s’agit-il pas de mettre un pied
devant l’autre et de recommencer ? Oui, mais remarquons que nous avons
appris à marcher, que cela est devenu un automatisme et ainsi nous pouvons
orienter notre marche, la mettre au service d’un désir, d’un besoin, d’une
action… Marcher, ce n’est alors pas simplement bouger, mais aller vers,
avancer, être en route ; marcher, dit encore François de Sales, c’est
cheminer, ‘tirer chemin’, évoluer… La marche est le signe de la vie, du
mouvement, c’est l’image de notre existence !
Marcher simplement, c’est donc vivre simplement, vivre sans se
compliquer l’existence ; c’est être soi-même, avec son intelligence, ses
connaissances, ses idées, sa sensibilité, ce que la famille, la société ont
transmis, mais tout cela comme ramassé arrangé, unifié et éclairé par le
cœur – centre des désirs, des convictions -, renouvelé par la volonté : la
marche d’une personne responsable, d’une personne en marche vers son
humanité… Marcher simplement, c’est agir selon son cœur : ‘tout par amour,
rien par force -, c’est vivre selon une certaine vision de l’être humain, un
être en marche, perfectible et aimable, ‘faible roseau’ parce que fragile et
limité, ‘mais roseau d’or’ parce porteur d’une histoire sacrée, celle d’une
vie reçue et à développer pour la construction du grand édifice de
l’humanité.

Marcher
simplement, c’est ainsi apprendre à marcher avec soi-même – tel que l’on est
– sans chercher à paraître un autre que soi-même ; c’est apprendre à marcher
avec les autres qui sont aussi des marcheurs, allant à leur pas, avec ce
qu’ils sont, ce qu’ils pensent. C’est apprendre à connaître la Source de la
marche, le Maître de la vie et donc de la marche, celui dont un prophète
nous a livré cette parole : « on t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien,
ce que Yahvé attend de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice,
d’aimer la tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu ! » (Michée 6-8)
Marcher ainsi donne de la confiance car la personne agit,
évolue avec une intention plus claire, plus précise : je deviens plus
vigilant, me laissant moins manipuler par les autres, la mode, la publicité,
les habitudes déshumanisantes… La simplicité de vie fortifie une action
vraie ; elle fait dépasser les scrupules, la peur qui coupe la marche, peur
de ce que pourrait dire les gens, peur d’oser une parole nouvelle, peur
d’agir à contre-courant… Finalement, marcher simplement, ce n’est pas si
facile ! C’est vouloir vivre en vérité, c’est se connaître et se reconnaître
dans ce désir d’authenticité et de dépassement qui donne du goût, de la
saveur à notre marche, du bonheur après un effort de fidélité à soi-même.
En fait, le conseil de François de Sales rejoint toute notre
existence ! Remplacez ‘marcher’ par ‘courez’ et vous retrouverez dans notre
texte beaucoup de ce qui est préconisé aux marathoniens : préparation,
connaissance de soi, de ses possibilités et limites, vigilance, audace,
persévérance dans l’effort, joie du dépassement… Et d’autres verbes peuvent
suivre : ‘pensez’… ‘travaillez’… ‘priez’… ‘jouez’… ‘aimez’… le conseil garde
toute son énergie, car il conduit à ce que nous cherchons ensemble : la
paix, la Vraie, et le bonheur, le Vrai.
B. Baussand osfs |
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