Nous recevions du Père Général
de l’Institut des Oblats de Saint François de Sales
et du journal la Croix ,
quasiment en même temps,
la même information :
« Le Père Louis Brisson sera bienheureux ! »

Le Pape vient de reconnaître ce lundi 19 décembre 2011, un
miracle attribué au Père Louis Brisson fondateur des Oblats
de Saint François de Sales !
Voilà 73 ans que ce projet de Béatification a été soumis
à Rome ! « En 1938 le processus de béatification a été
initié à Troyes, diocèse natal du Père Brisson. Suite aux
difficultés dues à la Seconde Guerre Mondiale, le procès
diocésain a été conclu en 1949, année durant laquelle le
procès a été confié a Rome. A présent, le jour même du 171e
anniversaire de l’ordination de notre fondateur, nous
recevons cette nouvelle !
Dix ans après la canonisation de Sainte Léonie Aviat (le 25
novembre 2001) nous apercevons à présent la béatification
toute proche de celui qui a fondé avec elle les Oblates de
Saint-François de Sales.
« Attentifs aux signes des temps et pour obéir à Ta
Volonté », il nous a aussi fondés, nous, Oblats de
Saint-François de Sales.
Louis Brisson a été ému par la condition difficile des
jeunes ouvriers et ouvrières de l’époque, aussi fonda-t-il
en 1858 des œuvres de jeunesse, destinées à leur apporter
aide et réconfort. Pour assurer leur fonctionnement il fonda
d’abord la Congrégation des Sœurs Oblates de Saint François
de Sales (« Oblat, Oblate » vient du latin et signifie «
donné », « offert »). La première Supérieure, la Mère Léonie
Aviat a été canonisée en 25 novembre 2001.
Louis Brisson,
né le 23 juin 1817 à Plancy, Aube - mort le
2 février 1908,
est un prêtre catholique français diocèse de Troyes. Il est
le fondateur à
Troyes
de la Congrégation des Oblats et des Oblates de saint
François de Sales.
Deux événements marquent la période qu’il a traversé :
1- La révolution industrielle un phénomène économique
fondamental du XIXe siècle. La machine prend de l’essor et
permet d’accéder à une industrialisation avancée.
(Développement du chemin de fer, entre autres, ascension
sociale de la bourgeoisie, développement des sciences
physiques, progrès de la médecine. Pensons que par exemple
à la découverte des vaccins par Louis Pasteur (1822-1895).
Intellectuellement perce une conception de l’évolution de
l’homme, vers les théories de l’évolutionnisme et du
transformisme (Darwin)
Mais Louis Brisson, qui est un homme de son siècle,
rationnel, scientifique, créateur et inventeur, ingénieux et
ingénieur se trouve confronter à ce phénomène
d’industrialisation et son corollaire d’urbanisation,
l’exode massif vers la ville de la population campagnarde.
Troyes avec la Bonneterie n’échappe pas à cette
dramaturgie ! Quel drame ?
Le développement de l’industrialisation provoque des
conditions misérables des ouvriers de tous âges, et encore
plus des ouvrières condamnées à travailler de longues
heures à des salaires dérisoires.
Avec l’avènement de la révolution industrielle émerge une
classe nouvelle : le prolétariat.
L’exode rural de la « Champagne pouilleuse » vers la cité
bordée d’usines,
" amène de nouvelles masses ouvrières dont les conditions de
vie sont particulièrement précaires."
Louis Brisson est touché par la condition des jeunes
ouvrières de l’époque !
Aussi il fonde dès 1858 des patronages, ces œuvres de
jeunesse, qui sont de véritables protections sociales !
Les Oblates et Oblats de Saint François de Sales sont
inventés par Louis Brisson. Littéralement il les veut afin
qu’ils se donnent, s’offrent au service des plus
vulnérables !
Ce mouvement initial les Oblats l’ont poursuivi, dans
l’implantation d’une communauté dans la banlieue d’Ivry !
On ne se souvient peut-être pas des Oblats mais on pense
immédiatement à Madeleine Delbrêl (1904-1964) dans cette
banlieue ouvrière d'Ivry au sud de Paris. Dans ce fief du
communisme français. L’engagement des "pasteurs" de l’époque
de Madeleine Delbrel, auprès des plus pauvres était
radical !
Madeleine ou F de Sales était dans la même veine quand
elle écrivait :
« Le plus petit instant d'amour vrai en croix nous est plus
précieux que des heures de prière confortable ou des
monceaux d'aumônes,... »
Oblat cela veut dire offert pour que ici et là advienne
« des îlots de résidence divine »
« Le service social est la robe neuve de la charité. La
charité est l'âme du vrai service social »
Si Louis Brisson aujourd’hui est Bienheureux c’est pour
que l’on puisse renouveler, poursuivre, amplifier son
engagement auprès des plus démunis ; réalité moderne dans le
Congrégation ou réalité en attente d’accomplissement au
moment où nous fêtons les 50 ans du Concile Vatican II et
son option préférentielle pour les plus démunis ?
Notre institut se trouve soudainement confronté à la
réalité de ses racines. Et cela est bienheureux ! Confronté
à la radicalité de l’Évangile. Les questions d’économie, de
gouvernance, certes ne sont pas hors de notre souci mais
tellement secondes au vue de l’urgence de la mission et de
la situation actuelle où la véritable crise est un déficit
périlleux de l’humain, de la volonté de considérer l’homme
avant ses possessions, ses plaisirs, ses richesses !
2 - Louis Brisson a vécu jusqu’en 1908... il a connu les
lois de séparation de l’Église et de l’État, cette période difficile de tensions politiques,
passionnelles entre l’Église et l’État d’où finira par
émerger la « laïcité ! »
107 ans après la mort du Père Brisson, 111 ans après la Loi
de 1901, 137 ans après la fondation de la congrégation les
Oblats (1875), la laïcité reste d’actualité dans
notre pays. Mais surtout, sous l’impulsion du renouveau de
nos
constitutions générales inspirés par Vatican II, par François de Sales et
notre fondateur, « les Oblats sont invités à assumer la
tradition vivante de leur institut et à répondre aux "signes
des temps" comme le fit, en son temps le Père Brisson dont
il fut dit qu'il avait une particulière affection pour les
petits et pour les humbles. »
Une de nos constitutions souligne que "les Oblats sont
appelés à entrer dans la société telle qu'elle est et à la
faire chrétienne par tous les moyens possibles, s'engageant
d'une manière particulière à promouvoir la justice à l'égard
des opprimés et des foulés aux pieds': Allier la tradition
et les signes des temps, c'est donc aujourd'hui tenter de
vivre un engagement religieux communautaire avec le souci
d'une recherche active de plus de justice et de paix. Tâche
difficile certes, souvent compromise, mais enthousiasmante
pour celui qui, en communauté et devant le monde veut
témoigner du feu qui le dévore: l'Évangile comme Bonne
Nouvelle libératrice. (Bernard Baussand osfs.)
Le Père Brisson le disait déjà : « Notre société, je vous
dis, n’est plus celle de Saint-François d’Assise, de Saint
Ignace… Une société chrétienne n’existe presque plus. Quel
type d’aide notre société a-t-elle besoin ? Qu’allons-nous
faire ?"
Louis Brisson réitère cette conviction qu’il
partageait avec la Bonne Mère :"réimprimer l’Évangile. Imprimer un évangile nouveau ? Non ! C’est toujours le même
évangile ! Il existe seulement un Évangile, mais il doit
être présenté à la multitude sous d’autres formes aux
multitudes des âmes."
Si le Père Louis Brisson est Béatifié ... c’est que
l'autorité pontificale la mis au rang des bienheureux.
Certains y voient la porte ouverte vers la sainteté...
Ils
ont bien raison, si sainteté veut dire vivre le
Bienheureux des Béatitudes de l’Évangile ! En pensant
toujours que chaque Béatitude est marquée par un manque, un
besoin, un désir, une souffrance ! Que chaque Béatitude
commence par ces mots : « En avant »
En avant les pauvres, en avant les doux . Thierry
Mollard |