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Bonjour à
tous frères et sœurs en Christ qui venez d’ici ou
d’ailleurs…
Et tout particulièrement je salue notre Père
Provincial que je sais présent, maintenant, par la pensée
s’il ne l’est de corps, et avec lui je salue tous les
confrères OSFS.
Je salue particulièrement les parents de Bertholde, sa maman, sa famille et tous ceux et celles qui
sont venus aujourd’hui pour l’entourer, le soutenir dans ce
premier engagement dans la vie religieuse…
Je salue toutes
les religieuses et religieux, prêtres, amis de Saint
François de Sales, et tous les fidèles venus de près ou de
loin… que vous vous sentiez ici chez vous, chez nous dans la
famille salésienne…
Enfin, je salue le Père Guillaume K. notre supérieur
délégué, si je le mets en dernier c’est surtout pour dire
que normalement c’est lui qui devait prononcer cette homélie
pour une telle occasion… mais Il a usé de son pouvoir ou de
sa persuasion, pour me demander de faire cela parce que
selon ses paroles « il est bon que ce soit les sages
(entendez « les vieux ») qui parlent ! » Alors que plus on
vieillit, moins on a envie de parler, mais de se recueillir
dans le silence et confier au Seigneur toutes les
intentions, les personnes et les activités de notre province
et surtout les jeunes en formation….. et attendre la venue
du Seigneur dans l’espérance ferme et forte comme le dit si
bien Bertholde dans son exposé de fin noviciat, je cite :
« Ainsi, nous n’attendons pas l’amélioration du monde, ni sa
conversion. Moi mon espoir n’est pas dans la réalisation de
programme de paix ou de justice. J’attends une personne que
j’aime : Jésus Christ. Oui ! Attendre le Seigneur Jésus
encourage à vivre un christianisme biblique. Il est frappant
de noter que ceux qui ont entretenu cette espérance de tout
leur cœur sont restés sains dans la foi et brûlants dans
leur amour pour le Christ. » (p.18)
D’où l’importance de se taire et faire silence……
Et donc je me dois d’obéir et je le fais avec plaisir et
joie pour ce beau jour de la première profession de
Bertholde dans la famille des Oblats de St. François de
Sales. Je viens de faire allusion à l’exposé de fin de
noviciat que Bertholde a écrit et je voudrais lui dire que
notre engagement dans la vie religieuse n’est pas « un saut
dans l’inconnu » comme il l’écrit (p.9) « donner sa main à
Dieu est un saut dans l’inconnu ». Pour répondre et aussi
assumer ma joyeuse obéissance je fais appel à plus vieux que
moi, un homme merveilleux, notre fondateur le Père Louis
BRISSON qui a prononcé une Allocution le 29 septembre 1900
pour la profession des Pères Chevrollier et Révotat avec ce
thème : « Il faut que nous devenions d’autres Jésus-Christ
», s’adressant aux deux pères qui finissaient leur noviciat
et donc prononçaient leurs premiers vœux de religion, il
leur disait :
« Mes enfants, vous voulez être Oblats de saint François de
Sales. Voilà votre désir, le but de vos efforts et le motif
de votre présence ici. « Il faut que nous devenions d’autres
Jésus-Christ »
Et en parcourant le texte du Père Brisson, je me suis dit «
tiens !, il connaît Bertholde, j’ai l’impression qu’il
s’adresse à lui 115 ans avant !!! Alors, Bertholde, je te
transmets ce que notre Bienheureux Père te dit aujourd’hui :
(les modifications du texte sont de moi !!)
« Mon enfant, tu veux être Oblat de saint François de Sales.
Voilà ton désir, le but de tes efforts et le motif de ta
présence ici. « Il faut que nous devenions d’autres
Jésus-Christ »
Mais qu'est ce qu'un Oblat de saint François de Sales? Dans
l'Eglise, il y a des Bénédictins, des Jésuites, des
Oratoriens, il y a des ordres sévères, les Chartreux, les
Trappistes. Et nous, qui arrivons avec un nom nouveau, que
voulons nous ? Et d'abord, pourquoi nous appeler “Oblats” ? En
latin “Oblat” veut dire: “qui s'offre, qui se donne”. Sur
l'autel le pain et le vin avant la consécration sont appelés
“oblata”. C'est que nous sommes comme le pain et le vin
qu'on offre au saint sacrifice de la messe. Que deviennent
ils, ces “oblata” de la messe? Ils sont changés, par la
consécration, au corps et au sang de Notre-Seigneur. Ce
n'est plus le pain que le prêtre tient entre ses mains, ce
n'est plus le vin qu'il élève dans le calice, ce sont le
corps sacré et le sang précieux du Sauveur qui ont été
offerts sur le Calvaire pour la rédemption du monde.
Eh bien, mon ami, il faut que, de simples fidèles, de
simples séminaristes, de simples novices, de simples
prêtres, nous devenions Oblats, c'est à dire que nous
soyons changés, que nous ne soyons plus nous-mêmes, mais que
nous devenions d'autres Jésus-Christ. Il faut d'abord que
nous reproduisions son extérieur. L'extérieur, c'est
quelque chose. Le monde ne nous connaît que par là. Il ne
voit pas notre cœur et il juge par les apparences, par notre
manière d'être, de nous tenir, de traiter avec le prochain,
de nous comporter dans les actes religieux. Il faut donc que
notre soin porte sur l'extérieur. Il faut que nous soyons
simples, sans recherche ni affectation, n'ayant d'autres
manières d'être que celles de la bonne société.
Vivant comme Jésus a vécu. C’est Jésus qui était si bon et
qui faisait du bien à tous”. Jésus, Voilà notre modèle de
simplicité et de droiture, de parfaite honnêteté, du
sentiment de respect que nous devons avoir pour toutes les
personnes avec lesquelles nous traitons.
Donc, dans l'enseignement, allez avec charité et patience
comme Notre-Seigneur, donnant à chacun le moyen d'arriver à
la lumière, par votre manière et votre attitude modeste,
claire, simple, imprégnée de foi et d'amour du bon Dieu.
Alors vous réussirez aux endroits les plus impossibles. »
Et là le Père Brisson donne un exemple de ce qui se vit en
Afrique du Sud, c’était en 1900 »….Ainsi au Cap, à
Hiérachabies, nos Pères vivent au milieu d'une population
sans abri, sans ressources, dénuée de tout, à qui personne
n'a jamais apporté une lueur de vérité. La bonté, la
simplicité des missionnaires leur ont gagné tous les cœurs.
On accourt à eux avec enthousiasme et ils m'écrivent: “Nous
sommes ici comme dans notre famille. Nous ne voudrions
jamais revenir en Europe. Ces pauvres gens nous aiment et
nous les aimons”. Et en effet, le bon Dieu les bénit
remarquablement. Je recevais encore ces jours ci une lettre
de Mgr Simon, notre excellent évêque(Mgr Simon, le 1er
évêque OSFS, évêque à Pella). Il me disait: “Il nous faut
ici de bons, de saints religieux. N'en envoyez pas d'autres.
Avec ceux qui ne sont pas des saints on ne peut espérer
grand profit. Mais si vous envoyez de vrais religieux, le
bien se fera et facilement”. Oui, mes amis, si vous allez
aux âmes avec ces dispositions de simplicité, d'humilité, de
déférence, de bonté du Sauveur, vous gagnerez pour le Ciel
une belle couronne »
Mais il ne faut pas songer seulement à l'extérieur, il faut
surtout pourvoir à l'intérieur. Vous devez devenir des âmes
absolument intérieures, « tu dois devenir une âme absolument
intérieure » sans cela tu ne vaudras pas grand-chose, tu ne
feras rien qui vaille. Il y a là de quoi effrayer certaines
natures. N'est ce pas dur, mes amis, cette assiduité à
l'obéissance absolue? Ce renoncement continuel à son propre
jugement ? Ce support toujours patient de telle ou telle
société? Cette acceptation aveugle de telle ou telle charge?
N'est ce pas une obligation trop assujettissante que celle
du Directoire? Quelques âmes seraient peut être tentées de
le croire et de dire comme les disciples, quand ils entendaient tomber ces paroles de la bouche de
Notre-Seigneur: “En vérité, en vérité je vous le dis, si
vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son
sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et
boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au
dernier jour” (Jn 6:54). Les uns, les plus ignorants,
s'écrièrent: “Que veut il dire? Nous ne comprenons rien.”
D'autres, un peu plus instruits, disaient: “Quelle promesse!
C'est absurde! Va t il se faire conduire à la boucherie?”
D'autres enfin se révoltent ouvertement: “C'est bien dur
d'entendre de telles paroles; nous ne pouvons pas accepter
cela.” Et les voilà qui s'en vont. Notre-Seigneur ne leur
dit pas: “Restez”. Et moi, j'ai peut être eu tort, mes amis,
de retenir quelquefois ceux qui voulaient partir. Une autre
fois, je ne devrai plus m'y opposer.
Mais que fait Notre-Seigneur ? Il se retourne vers ses
disciples: “Voulez-vous partir vous aussi?”—“Seigneur”,
s'écrie saint Pierre, “à qui irions¬- nous? Tu as les
paroles de la vie éternelle” (Jn 6:68). Voilà la fidélité
des amis du Sauveur, voilà l'image parfaite du religieux
fidèle à sa vocation, et qui, comme saint Pierre, comme
saint Jean, est attaché au Sauveur. Avec cela on met de côté
ses répugnances, ses sentiments, sa philosophie, sa
vénérable personnalité et l'on dit à Notre-Seigneur: “Mais à
qui irions nous donc? N'est ce pas toi qui a les paroles de
la vie éternelle? Non, nous ne te quitterons jamais”.
Et le Sauveur, mes amis, est sensible à ces témoignages là.
Il aimait saint Pierre; il aimera l'Oblat fidèle, attaché à
ses obligations, familiarisé par le Directoire à l'esprit de
simplicité, d'humilité douce et condescendante, qui ne juge
rien et se laisse bonnement entre les mains de Dieu, (et
entre les mains de Dieu on ne va pas dans l’inconnu)…..
Voilà l'Oblat de saint François de Sales. Croyez vous que ce
soit une chose bien facile à réaliser ? Entendez moi bien.
C'est à la fois extrêmement difficile, presque impossible,
et en même temps tout à fait facile. Oh oui ! C’est facile à
celui qui aime Dieu de tout son cœur et qui, au milieu des
ombres quelles qu'elles soient, dans n'importe quelle
charge, n'éprouve qu'un sentiment: l'amour du bon Dieu, et
qui reste inébranlable dans sa détermination; à celui qui
n'est pas volage, comme la feuille qui tourbillonne à tout
vent, partagé entre le oui et le non: “Je sais ... je ne
sais pas”. Est ce un homme, cela? Mais non, c'est un roseau
du désert, comme disait Notre-Seigneur. Ah! Celui qui fait
ce que je vous recommande, celui là jouit d'une vie bonne et
douce, embaumée de foi et d'amour. Notre vie bien comprise?
Mais ce sont des délices, un bonheur, une jouissance
continuels. Faites cela, et votre bonheur est assuré. (Fais
cela, et ton bonheur est assuré).
Mais si vous ne vous y pliez pas, si vous êtes infidèles, si
vous suivez vos antipathies pour tel ou tel de vos frères,
pour telle ou telle chose, si vous écoutez les inspirations
de votre propre jugement, si vous marchandez avec
l'obéissance, ah! Cela n'est pas facile. Vous me direz
alors: “Je n'en puis plus”. —“Je le crois bien”. —“Je suis
accablé de dégoût”. —“Je le comprends”. — “Je veux m'en
aller”. —“Allez vous en”. C'est de l'histoire cela, mes
amis.
Donc, mes enfants, vous qui vous présentez pour la
profession, vous voyez à quoi vous vous engagez. (Donc, mon
enfant, toi qui te présente pour la profession, tu vois à
quoi tu t’engages) N'aie pas peur. Le bon Dieu est bien
fidèle. Je ne suis pas jeune, moi, j'ai 84 ans (moi 77 ans).
Or je n'ai jamais regretté une seconde de m'être donné au
bon Dieu. Et je ne me pose pas pour un être extraordinaire,
loin de là. Pourquoi n'ai je jamais eu de regrets? Parce que
le Sauveur m'a été fidèle. Je ne prétends pas pour cela ne
lui avoir jamais manqué. Mais j'affirme qu'il ne m'a jamais
manqué, et j'affirme qu'il n'abandonnera jamais l'âme qui
s'est abandonnée à lui. Rendons grâces à Dieu. Ne le
traitons pas comme les gens du monde. Sachons lui rendre
cette justice que, quand nous avons été généreux, loin de
nous délaisser, il nous a récompensés au centuple.
La fidélité est le renoncement à ses impressions
personnelles. Vous n'aurez pas à vous repentir d'être entrés
dans cette voie. Elle est douce. Elle est heureuse. Si Satan
vient vous dire le contraire, ne l'écoutez pas. Si
quelquefois l'exemple de votre entourage ne répond pas à
votre attente, qu'est ce que cela peut vous faire? Vous,
vous appartenez à Dieu. Vous lui avez donné et consacré
votre cœur jusqu'à la mort. Restez fidèles, tenez bon. C'est
lâche d'abandonner. Cela dénote faiblesse de cœur et
faiblesse d'esprit. Soyez des hommes et non des roseaux. »
L’Evangile d’aujourd’hui vient appuyer tout ce que nous (Le
P. Brisson et moi) venons de dire) : « jamais un bon arbre
ne donne de mauvais fruits… »
Jésus veut dire que c’est le « fond » de l’homme qui permet
de juger de ses actes. La qualité du fruit dépend de la
qualité de l’arbre. C’est le « cœur », c’est-à-dire
l’intérieur profond de l’homme qui est l’essentiel. Il faut
que les gestes extérieurs correspondent à une qualité de
fond. Que nos gestes religieux proviennent d’une foi
intériorisée. Demandons au Seigneur qu’il transforme notre
cœur, ce centre profond de notre personnalité : rends-le «
bon », comme on dit d’un fruit qu’il est bon !, comme on
parle d’un bon pain ! Savoureux, goûté, agréable. Que notre
vie soit vraiment « un bon fruit », dont les autres puissent
se nourrir et se réjouir. Le plan de Dieu sur l’homme, c’est
que l’homme soit bon.
Jésus est un homme efficace qui souhaite l’efficacité de nos
vies : Dieu voudrait que nous réussissions, que notre vie
soit « solide ». Cette solidité, pour Jésus, n’existe que si
« on vient à Lui, si on L’écoute, et si on met en pratique
ce qu’Il dit. » La Foi, une solidité ! Un roc ! Une
fondation qui permet de construire ! Et cela dans la
fidélité à la suite du Christ.
(Et je reprends le texte du Père Brisson qui termine son
allocution) :
Une dernière recommandation. Aimez votre communauté, aimes
la Congrégation. Puisses-tu un jour donner le même
témoignage que le moine dont il est parlé dans la vie des
Pères du désert. C'était un religieux en apparence tout
ordinaire. La mort approchait et il ne manifestait aucune
inquiétude. Le supérieur, ses frères, craignaient une
présomption de sa part. Ils cherchaient à lui rappeler la
sévérité des jugements de Dieu: “Oh!” répondit il, “ma vie
est loin d'être irréprochable, je l'avoue. Mais
Notre-Seigneur a dit: «Ne jugez point, et vous ne serez
point jugés... Mon commandement est que vous vous aimiez les
uns les autres». Et moi, par sa grâce, j'ai toujours aimé
mes frères, et je me suis appliqué à ne jamais juger
personne. Comment le Sauveur pourrait il me condamner et me
juger, puisque j'ai toujours observé son commandement?”
Oui, aime ton noviciat. Oh! La terre sainte! Les murs bénis!
Quand j'ai quitté le petit sémi¬naire, j'en embrassais les
murs. Est ce qu'il ne te dit rien, ce lieu où tu as appris à
aimer le bon Dieu? Aime ton maître des novices, tes
confrères. Aime tous tes anciens amis, garde leur une place
dans ton cœur, dans tes prières. Et ce n'est pas assez de
garder ton affection pour tes parents, pour ta mère, il faut
la faire grandir tous les jours, pour les rapprocher avec
toi du Ciel. Le lieu de ton Espérance « Soyez toujours prêts
à répondre à quiconque vous demande raison de l’espérance
qui est en vous, mais avec douceur et crainte ».
Voilà ce que tu vas promettre. Nous allons bien prier pour
demander à saint François de Sales, à sainte de Chantal, à
notre bonne Mère Marie de Sales, (et moi je rajoute au
Bienheureux Louis Brisson) de regarder ton offrande et de la
rendre agréable à la divine majesté, pour que Dieu t’aime,
te bénisse aujour¬d'hui, toujours, et te conduise à une
haute sainteté. Amen.
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